Les Dictons


Dictons du terroir

Un dicton est une expression proverbiale figée, une formule métaphorique ou figurée
qui exprime une vérité d’expérience ou un conseil de sagesse pratique et populaire.

Le dicton comporte généralement une note humoristique et est souvent régional.

La plupart des dictons proviennent de la tradition orale et bien souvent il est difficile de fixer, avec précision, leur origine.

Les premiers dictons sont météorologiques, et souvent en lien avec l’agriculture ou l’élevage,
généralement avec un « bout rimé » comme moyen mnémotechnique,
en vue de mieux fixer le souvenir, ou d’être plus aisément à même de le retrouver.

Ces dictons météorologiques régionaux sont le plus souvent rattachés aux jours du calendrier et aux pronostications.

D’autres dictons se rapportent directement à une région, une ville, un village…
Voici, quelques uns des dictons propres à La Ciotat, Ceyreste et aux villes et/ou villages voisins, connus à ce jour.

Certains d’entre eux ont été tirés d’un recueil établi par monsieur Raymond Mouchet, agrégé d’Université.
Ils sont, le plus souvent accompagnés d’un commentaire qui permet de saisir le sens du dicton énoncé.

À présent, bonne lecture

1. Les dictons incontournables pour La Ciotat et Ceyreste

“ A La Ciéutat, aimon mai tout que la mita ”

(À La Ciotat, on aime mieux le tout que la moitié)

En 1429, Guillaume du Lac, abbé de Saint-Victor de Marseille, seigneur de Ceyreste, avait ordonné la séparation complète de Ceyreste et de son port La Ciotat, attribuant ainsi aux ciotadens toutes les terres situées au sud-ouest du chemin unissant la quartier de Roumagoua au quartier Saint-Jean.

En 1675, pour mettre un terme aux différends qui opposaient, sans arrêt, depuis près d’un siècle, les ciotadens, possédant des biens à Ceyreste, aux ceyrestens, l’Intendant de Provence, sur arrêt du Conseil du Roi, imposait à Ceyreste une seconde amputation de son territoire, au profit de La Ciotat. La nouvelle limite passait alors à 200 mètres du village et Ceyreste perdait l’accès à la mer et les deux tiers de ses terres cultivables.

Réduites à des collines pierreuses et arides, Ceyreste devenait alors une des communautés les plus pauvre du comté de Provence. Ses représentants durent s’incliner devant la volonté du roi, tout en manifestant néanmoins leur réprobation.

Ce dicton exprime l’amertume et le ressentiment des ceyrestens à l’égard des ciotadens.

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“ A Ceyrèsto qu’au va, li resto ”

(Qui va à Ceyreste, y reste )

Ce dicton, toujours d’actualité, remonterait initialement au 17ème siècle, sous la forme suivante :

“ Qui va a livourno, li va, li retourno.

Qui va a Ceirèsto, li va, li resto. ”

(Celui qui va à Livourne, il y va, il y retourne. Celui qui va à Ceyreste, il y va, il y reste).

Ce dicton proviendrait du fait que le marin ceyresten pour s’embarquer le plus souvent sur un bateau à La Ciotat. Les bateaux pratiquaient « la caravane ». Aujourd’hui, on dirait qu’ils pratiquaient « du petit cabotage », c’est à dire qu’ils faisaient du transport de marchandises d’un port à un autre, en direction du Levant.

Le marin était donc amené à passer par Livourne tant à l’aller, qu’au retour de son voyage. Puis, âgé, la marin se retirait dans son village natal et n’en bougeait plus. Le dicton opposerait les déplacements du marin lors de son activité à sa vie sédentaire lors de sa retraite.

Il existe toutefois une autre interprétation.

Livourne est un port charmant. Celui qui le découvre ne peut résister au plaisir d’y retourner.
Ceyreste est un endroit qui serait si agréable que celui qui y vient, ne veut plus en repartir.

C’est cette seconde interprétation qui a retenu toutes les faveurs des ceyrestens.

De fait, d’autres formes de ce dicton se sont perpétués jusqu’au 19ème siècle, comme notamment :

“ La bello villo qué Ceyresto !

Cu l’y va, l’y resto ”

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“Qu a vist Paris, se noun Cassis, n’a rèn vist ”

 (Qui a vu Paris et pas Cassis, n’a rien vu )

Ce dicton, attribué à Frédéric Mistral, a une origine pour le moins curieuse.

En effet, avant la Révolution, place des Victoires à Paris, s’élevait une fontaine monumentale, édifiée en 1686 par la maréchal de la Feuillade.

Cette fontaine était surmontée d’une statue du Roi Soleil, en tenue d’empereur romain, couronné des lauriers par la Victoire et foulant aux pieds Cerbères aux trois gueules, emblème de la triple Alliance de l’Angleterre, la Hollande et la Suède de 1668, contre la France.

Quelques temps après l’inauguration de cette fontaine, un artiste inconnu en réalisa une reproduction simplifiée qui fut installée sur la petite place Royale de Cassis. Charmés par cet ouvrage qui représentait le Roi Soleil et quatre esclaves, les voyageurs parisiens enthousiasmés écrivaient à leurs connaissances de la capitale : « Qui a vu la fontaine de Paris, s’il n’a pas vu celle de Cassis, n’a rien vu ».

Les deux fontaines furent démolies.
Celle de de Cassis, par accident, en 1785 et celle de Paris, par les révolutionnaires en 1793. Leur souvenir s’effaça peu à peu des mémoires, jusqu’à, même, faire disparaître le mot « fontaine » du texte et ne conserver dans le dicton que nous connaissons que la comparaison entre les deux villes.

Le dicton prit une dimension nouvelle, dès lors que Frédéric Mistral dans « Calendal », mit celui-ci dans la bouche d’un simple pêcheur.
Cette nouvelle forme fut consacrée et devint définitive, au point qu’une plaque ait été installée avec ce dicton en gare de Cassis.

2. Les dictons sur le temps

“ Quand li passeroun fan soun réupiéu-piéu e s’acampon sus li teulisso marcon de marrit tèms 

(Quand les moineaux pépient et s’attroupent sur les toits, ils présagent du mauvais temps)

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“ Quand plou lou premié mai, de coundoun n’i a a gai.
Quand plou lou dous, soun vermenous.
Quand plou lou tres, n’i a gas ”.

(Quand il pleut le premier mai, de coings il n’y en a guère.
Quand il pleut le 2, ils sont véreux.
Quand il pleut le 3, il n’y en a pas)

3. Les dictons « classiques »

“  Lou tèms e l’usage rendoun l’ome sage 

(Le temps et l’usage rendent l’homme sage)

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“ De teis ami digues tout bèn, deis autre digues rèn ”

(De tes amis dis tout bien, des autres ne dis rien)

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Es riche qu pou, urous qu saup, sage qu vau  

(Est riche qui peut, heureux qui sait, sage qui veut)

 

 

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